Ma première fois comme formatrice : apprendre à prendre sa place pour aider les autres à prendre la leur.
Il y a quelques mois, j’ai vécu une première fois.
Ma première fois comme formatrice bénévole chez Trouve Ta Voix.
J’allais entrer dans une classe de 4e pour accompagner des jeunes pendant plusieurs mois et les aider à prendre confiance, à trouver leurs mots et à oser prendre la parole.
Sur le papier, j’étais prête.
En réalité, j’avais un doute qui revenait souvent : est-ce que je suis vraiment légitime pour faire ça ?
Ma première fois, c’était aussi celle où j’ai douté de ma place.
Je pensais qu’être formatrice en prise de parole voulait dire être une excellente oratrice.
Quelqu’un qui parle facilement, qui ne cherche jamais ses mots, qui sait toujours quoi dire et comment le dire.
Et moi, je ne me reconnaissais pas complètement dans cette image.
Parce que, encore aujourd’hui, il m’arrive de ne pas me sentir à ma place dans certaines conversations à cause de ma manière de parler.
Je peux réfléchir à la façon dont je vais formuler une phrase avant de la dire. Me demander si mon vocabulaire ou ma façon de m’exprimer vont être jugés.
Alors, pour ma première intervention, une question me suivait : Comment apprendre à des jeunes qu’ils·elles ont leur place quand je doute encore parfois de la mienne ?
Et puis j’ai commencé à les rencontrer.
Au fil des séances, j’ai découvert une classe pleine de personnalités, d’idées, de rires et de caractères différents.
Et surtout, je me suis reconnue chez certain·es élèves.
Dans leurs hésitations. Dans leur peur de se tromper. Dans cette petite seconde où l’on sait ce que l’on veut dire, mais où l’on se demande quand même si on devrait vraiment le dire.
Et je me suis dit : je connais ça.
Nous venions du même milieu. Nous avions des façons de parler qui se ressemblaient, des références communes, des expériences qui pouvaient se croiser.
La différence, c’est qu’à ce moment-là, j’étais devant elles·eux pour leur dire qu’ils·elles avaient le droit de prendre leur place.
Ce que j’aurais aimé qu’on me dise plus jeune
J’aurais aimé, moi aussi, avoir quelqu’un qui me dise que je n’avais pas besoin de parler « comme il faut » pour être écoutée.
Que ma manière de m’exprimer ne changeait rien à la valeur de mes idées. Que je pouvais chercher mes mots, me tromper, recommencer et quand même avoir quelque chose d’intéressant à dire.
J’aurais aimé avoir un espace où prendre la parole ne signifiait pas chercher à être parfaite, mais simplement essayer.
C’est peut-être pour ça que cette première expérience m’a autant touchée. Parce qu’à travers ces jeunes, je retrouvais une partie de moi.
Et parce que j’avais, pour la première fois, la possibilité de leur transmettre quelque chose que j’aurais aimé recevoir.
Ma première fois m’a appris que prendre la parole, ce n’est pas seulement parler
J’ai compris que mon rôle était surtout de les aider à croire qu’ils en étaient capables.
Écouter.
Encourager.
Créer un cadre où l’on peut se tromper sans avoir honte.
Je pensais que cette expérience allait surtout changer les jeunes que j’accompagnais.
Je ne pensais pas qu’elle allait autant me changer, moi.
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