Quand on écoute un discours, on n’écoute pas seulement des arguments qui s’adressent à l’intellect. On écoute aussi une voix, une émotion, une histoire, une présence.
Pendant longtemps, dans mes prises de parole, j’ai surtout accordé de l’importance au logos (la structure, les idées, la logique du raisonnement). Je pensais qu’un bon discours devait avant tout être clair, cohérent et bien argumenté.
Mais durant mon parcours de bénévole formateur à TTV, en écoutant les jeunes prendre la parole, j’ai compris à quel point le pathos (émotions) était essentiel dans l’expression orale. Un discours ne marque pas seulement parce qu’il est bien construit. Il marque aussi parce qu’il fait ressentir quelque chose.
Prenons un exemple simple. Si je dis : « Il faut dormir suffisamment, car il a été prouvé que le manque de sommeil diminue l’attention et la mémoire », je mobilise le logos. Je donne une raison, un argument, une explication rationnelle.
Mais si je dis : « Quand tu dors mal, même les choses simples deviennent lourdes, et tu n’arrives plus à être vraiment toi-même », ici je mobilise le pathos. Je ne donne pas seulement une information : je fais ressentir une expérience.
C’est là que j’ai compris que l’émotion ne remplace pas l’argument. Elle l’accompagne. Elle le rend plus vivant, plus proche, plus humain. On retient souvent moins une démonstration logique qu’une phrase qui nous touche, une anecdote qui nous fait sourire, un silence qui nous fait réfléchir, ou un frisson ressenti au bon moment.
Alors, plutôt logos ou pathos ?
Si l’on m’avait posé cette question il y a quelques années, j’aurais probablement répondu : logos, parce qu’il faut des arguments rationnels et solides pour convaincre.
Aujourd’hui, je répondrais : les deux.
Parce qu’un bon discours doit être compris, mais aussi ressenti. Il doit convaincre l’esprit, mais aussi toucher le coeur de ceux qui écoutent.
Mouhammadou DIA , Montpellier


