Le lapsus

Qui n’a jamais appelé sa maîtresse d’école maman?

Cela nous est déjà tous arrivé de prononcer un mot que l’on ne voulait pas. Se tromper de mots sans faire exprès peut être drôle comme très embarrassant parfois, c’est ce qu’on appelle le lapsus. Cela peut se produire à l’oral ou bien à l’écrit.

Mais qu’est-ce que réellement le lapsus ?

Si on s’intéresse à l’étymologie du mot latin, d’après le dictionnaire de l’Académie Française, le lapsus signifie “mouvement de glissement, d’écoulement”, puis “action de trébucher, erreur”. Ce qui veut dire que le lapsus serait un glissement, notre langue qui aurait fourché.

En 1895, Meringer et Mayer ont publié une étude consacrée aux lapsus et erreurs de lecture. Depuis une question a émergé : pourquoi fait-on des lapsus?

“C’est une erreur pure et simple : l’erreur est humaine, le langage est un fait humain, son exercice est donc soumis à l’apparition d’erreurs incontrôlables et imprévisibles, la cause est entendue.” d’après Jacques Fontanille, philosophe et professeur d’université français (1). Ainsi, ce serait une simple erreur de langage qui n’a pas de signification particulière. Comme nous apprenons à lire et à écrire et que tout apprentissage s’accompagne d’erreurs, le lapsus en serait une. Le lapsus serait donc involontaire et une erreur dénuée de sens. Pourtant, on entend aussi parler du lapsus révélateur, qu’est-ce que cela peut être ?

Ce nom vient de l’approche psychanalytique où le lapsus viendrait révéler quelque chose que l’individu souhaitait cacher de manière inconsciente. Le lapsus apparaîtrait dans une situation de stress ou serait due à l’anxiété, ce qui ne nous permettrait pas d’inhiber nos premières pensées. Par exemple : annoncer « Je déclare la séance close » au lieu d’« ouverte » indiquerait un désir caché d’en finir le plus rapidement possible avec une séance barbante. (2)(3)

Mais si je dis que j’adorerais trouver un nouveau “pastis” au lieu de “passe-temps”, je ne suis pas sure que ce soit révélateur, je n’aime pas le pastis !

Et si tout de même le lapsus n’était pas un hasard ?

Pour les linguistes (chercheurs), le lapsus peut expliquer l’organisation inconsciente de la parole. On se trompe car nous faisons des liens avec nos connaissances.

Comme dit Sebastian Dieguez, docteur en neurosciences : “une telle approche tend donc à « excuser » les lapsus, dans le sens où il est possible de les expliquer sans recours particulier à des intentions cachées : s’ils sont révélateurs de quelque chose, c’est le plus souvent des opérations mentales sous-tendant la production du langage, et rien d’autre.”

Il est très rare de dire un mot qui n’a complètement rien à voir avec le mot de base. En effet, il y a des lapsus qui reviennent plus que d’autres, comme échanger de nom ou bien inverser des lettres. Dans un cas où l’on serait fatigué ou stressé, on pourrait choisir des mots ayant une sonorité similaire. Le mot avec lequel on se trompe a en général un lien proche avec celui que l’on voulait, que ce soit au niveau phonétique (son) ou sémantique (sens) ou de la structure (un verbe contre un verbe).

D’après le linguiste Mario Rossi, de l’université de Provence, le lapsus apparaîtrait à une fréquence d’environ 1 mot sur 600 (4)!

Dans ces cas-là, que faire lorsque l’on fait un lapsus à l’oral?

Dans la plupart des cas, c’est mieux de se rectifier et de montrer que l’on s’est trompé de mot. Prenez le temps de faire une pause et de dire que vous venez de faire un lapsus. Parfois le lapsus peut être à votre avantage, vous allez capter l’attention de l’auditoire et ancrer un propos. Par exemple si vous faîtes un discours sur l’état actuel des fonds marins et que vous dites “poison” au lieu de “poisson” cela peut vous faire une bonne transition. Prenez le temps d’accueillir les rires si besoin et continuer votre discours !

Et peut-être, qui sait, votre lapsus donnera lieu à un souvenir mémorable ou à une nouvelle expression iconique.

Allez contre vents et marrant !

 

Clara Campos

 

  1. Fontanille, J. (2000). Le lapsus. Dans D. Rousseau et M. Morvan L’Erreur (p. 91-131). Odile Jacob. https://doi-org.ezpupv.scdi-montpellier.fr/10.3917/oj.rouss.2000.02.0091.
  2. Pallaud, B. (1998). Les lapsus: des pierres dans le champ linguistique. In Colloque Linguistique et psychanalyse (pp. 47-66). Edition In Press.
  3. Dieguez, S. (2021). Lucien de Samosate De quoi les lapsus sont-ils révélateurs ? Cerveau & Psycho, 135(8), 94-97. https://doi-org.ezpupv.scdi-montpellier.fr/10.3917/cerpsy.135.0094.
  4. Peter-Defare, E., & Rossi, M. (1998). Les lapsus: Ou comment notre fourche a langué. FeniXX.

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